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29/07/2010



Entretien avec Elaziz Abdelkarim (CDT - Maroc)
octobre 2004

"Nous devons développer la solidarité et favoriser l'action sur le terrain!"

Lors du Comité Confédéral de la CMT qui s'est déroulé à Casablanca, au Maroc, nous avons eu la chance de rencontrer Elaziz Abdelkarim, de la CDT, très actif au sein du programme socio-économique développé par la CMT en collaboration avec la CSC de Belgique.

Commençons par votre présentation

Je suis membre du Bureau exécutif de la CDT - Confédération démocratique du Maroc, une des deux organisations marocaines affiliées à la CMT - l'autre étant l'UGTM, Union générale des Travailleurs du Maroc. Je suis également Secrétaire général de l'Union locale de la CDT à Agadir, au Sud du Maroc. Je suis, aussi, coordinateur de l'Union des travailleurs du Magreb au sein du programme socio-économique.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre participation à ce programme?

Je pense tout d'abord que ce programme est essentiel. Les travailleurs doivent être en mesure de comprendre tous les rouages de l'économie mondiale. Ce programme nous y aide, notamment sur ce qui se passe au niveau des Institutions financières internationales - IFI - que sont le FMI, la Banque mondiale ou l'OMC. Nous devons savoir quelles sont les décisions qu'elles prennent, car ces décisions ont un impact énorme sur la vie de tout le monde, les travailleurs y compris. Nous essayons, aussi, de développer des contacts à l'échelle nationale ou régionale de ces Institutions pour leur donner notre point de vue ou avoir plus d'information sur ce qu'il se passe chez elles.

Avez-vous déjà des résultats?

Jusqu'a présent, nous pouvons dire qu'ils sont positifs. Surtout en ce qui concerne le volet économique du programme. Le mois passé, nous avons assisté à un séminaire à "Ter Nood" (Belgique). Là, on nous a expliqué, entre autres, la lecture des documents comptables des entreprises, les impôts directs et indirects, comment fonctionne la fiscalité, le budget de l'Etat, le budget de fonctionnement et d'investissement des Instituions financières. Concernant la relation avec les IFI, nous avons lancé des initiatives, mais nous n'avons pas encore beaucoup de résultats. Il faut savoir que ces Institutions ont plus l'habitude de traiter avec les gouvernements et les employeurs. Soulignons, malgré tout, la mission que la CMT a pu faire à la Banque mondiale début octobre.

Vous avez participé, juste avant l'ouverture du Comité Confédéral de la CMT, au séminaire intitulé "Développement-participation syndicale dans les accords de coopération et d'association de l'UE". Vous êtes intervenu à plusieurs reprises…

Concernant les accords de l'Union européenne avec les pays du Sud, notamment le Maroc, j'ai constaté que le volet social était une fois de plus mis de côté. Qu'avons-nous entendu? "La pression de la migration sur l'Europe, il faut rapatrier les personnes en séjour illégal en Europe vers le Maroc", toutes sortes de choses qui me font poser une question. L'Union européenne aurait-elle un souci sécuritaire plutôt que social? Pourquoi l'UE n'exerce-t-elle pas des pressions sur les gouvernements et les employeurs pour les pousser à respecter les travailleurs? Dans les documents de l'Union européenne, on se félicite de l'avancée de la démocratie et des droits de l'Homme au Maroc. Malgré tout, il existe encore des difficultés.

Il y a quand même une évolution?

Au niveau syndical, cette évolution est perceptible surtout dans le secteur public. Par contre, au sein du secteur privé, les choses sont beaucoup plus compliquées. Le droit syndical n'est pas respecté dans la plupart des cas. Agadir est une grande ville touristique où les hôtels sont nombreux. Les violations du droit syndical aussi! A chaque fois qu'un bureau syndical est créé, les travailleurs sont licenciés! De plus, les représentants du gouvernement au niveau local travaillent main dans la main avec les employeurs. Il est donc important que l'Union européenne fasse pression. Nous devons, en tant qu'organisation syndicale, s'investir plus sur le terrain. Il ne faut pas uniquement se contenter de séminaires. Sinon, au bout du compte, les responsables syndicaux s'éloignent de la base. Il est essentiel d'avoir de l'action, d'aller vers le travailleur!

Etes-vous optimiste quant à l'avenir du syndicalisme?

Un syndicaliste est optimiste par nature. Malgré tout, je comprends qu'à l'échelle mondiale, nationale, il existe une vraie volonté de casser les syndicats. Beaucoup disent que le syndicat n'est plus un mécanisme moderne de la défense des travailleurs. Il faut aller à l'encontre de cette tendance. Nous devons évoluer, nous battre. Pour cela, nous devons développer la solidarité et favoriser l'action sur le terrain!


Propos recueillis par Mathieu Debroux


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